Interview Denis Deschamps

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Dédiée au « Monde de demain », la Soirée Prospective du 8 novembre, au soir de la première journée du salon Entreprendre dans l’Ouest, tentera de répondre aux nombreux questionnements des chefs d’entreprises et de leurs collaborateurs pour construire l’entreprise de demain. Denis Deschamps, tête d’affiche aux côtés d’Olivier Méril* lors de cette soirée, sera notre expert pour tirer ensemble tous les enseignements nécessaires au maintien et au dynamisme de notre tissu économique dans le Grand Ouest. Conférencier en géo-politique & géo-économie, il nous parlera des « agitations du monde ». Avant-goût de son intervention en 3 questions…

 

*Retrouvez le portrait et l’interview d’Olivier Méril (MV Groupe), parrain du salon Entreprendre dans l’Ouest 2021 > https://www.entreprendre-ouest.fr/content/le-parrain-du-salon

 

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Sans dévoiler le contenu de votre intervention lors de la Soirée Prospective, que pouvez-vous nous dire de votre analyse du "Monde de demain" pour les entreprises ?

Nous sommes les témoins d’un basculement du monde, en direct. L’épicentre des mouvements du monde, économiques aujourd’hui, stratégiques, diplomatiques et impérialistes demain, est déjà en Asie. Le monde a été européen pendant près de 800 ans, puis américain depuis le début du XXème siècle. Aujourd’hui et demain, il sera asiatique.

Alors, est-ce une chance ou une opportunité ? Une chance assurément ! Nous, générations d’après-guerre, n’avons pas vécu les horreurs de la première moitié du siècle dernier. Nous vivons, en Europe, en paix et dans un confort jamais constaté dans notre histoire. De plus, nous assistons à l’émergence d’un prétendant à devenir le nouvel empire, en face des Etats-Unis, qui étaient dans une situation « monopolistique » de la gouvernance du monde, avec toutes les limites que nous observons. Ce nouveau duopole est une chance ! Les lignes bougent de toute part, offrant ainsi une foule d’opportunités.

L’Europe est donc « challengée » pour devenir plus grande, plus forte et faire entendre sa voix, riche de pondération et d’intelligence dans ce monde turbulent. Nous avons un rendez-vous avec nous-mêmes, pour construire notre leadership dans un certain nombre de secteurs, où les chefs d’entreprises ont toute leur place pour être acteur de ce changement.

Quel est votre regard sur l'économie bretonne ?

J’aime la Bretagne ! Je connais beaucoup de chefs d’entreprises de votre région qui me font l’amitié de me faire intervenir dans des cercles de décisions ou leur Comité de Direction. La grande particularité de la Bretagne est qu’elle est tournée vers la mer. J’ai rencontré beaucoup de Bretons dans mes voyages, la Bretagne n’est pas centrée sur elle-même mais toujours ouverte sur le monde. Vous êtes un peuple de voyageurs, qui bouge et voit loin : ses entrepreneurs reflètent cette qualité de regarder un horizon plus vaste que dans d’autres régions. Une autre spécificité est le lien fort qui unit les habitants de ce territoire, cimenté par leur identité bretonne, générant de la solidarité et de l’entraide. Ce lien humain est une vraie force dans société très individualiste. Ne pas oublier également le bon sens (certains parleraient du « bon sens paysan »), toujours proche des décisions, qu’on ne retrouve plus dans un monde essentiellement financiarisé.

Alors que vous avez une vision globale et internationale de l'économie et de ses mécanismes, le dimensionnement local d'un événement dédié aux chefs d'entreprise est-il adapté et utile ?

Tout dépend des secteurs mais aujourd’hui il y a aussi une vraie imbrication entre local et international. Par conséquent, la géopolitique s’invite à la table de tous les dirigeants. Quand j’étais adolescent, notre bout du monde était l’Angleterre, aujourd’hui nos enfants voyagent partout dans le monde. La planète est devenue un petit village.

Ce monde globalisé ET systémique, agité, rugueux et parfois chaotique, comme nous le subissons avec les ruptures d’approvisionnement de ces derniers temps, doit renforcer la conviction qu’un lien local est précieux. C’est aux « acteurs institutionnels », comme les fédérations, les élus, les CCI, de développer le « vivre ensemble » économique sur un territoire. Nous sommes plus intelligents à plusieurs et il est impératif de « chasser en bande ». Le local - sous-entendu l’échelle de la Région -, qui s’adresse au global, sera d’autant plus fort qu’il y aura du sens dans l’action et de belles valeurs dans le fonctionnement. Au temps de nos grands-parents, l’économie était pensée à l’échelle du village, au temps de notre jeunesse l’échelle était l’Europe, aujourd’hui nous habitons un village planétaire… Face à ce gigantisme, l’échelle appropriée est la Région. Et ne jamais oublié que la clef de voute est et restera l’humain !

 

Interview réalisée par Essentiel, Commissariat général du salon